Un billet #2
Décoiffante
Voilà cinq minutes que j'étais installé dans le fauteuil. La coiffeuse m'avait fait enfiler une blouse qui ressemblait à un large vêtement noir d'écolier. J'étais dans l'attente du débroussaillage que les plus de deux mois sans mettre la tête dans un salon avaient rendu nécessaires. La fille s'adressa à moi au travers la glace dans laquelle nous échangions nos regards.
« Qu'est-ce qu'on lui fait ? »
J'ai vite compris qui était ce « lui » et je répondis en souriant « On lui coupe les cheveux ».
La fille sourit à son tour, et me montra les plus belles dents qu'elle était capable de montrer.
« Je voulais dire, vous les voulez comment ? On garde la même forme, coiffés en arrière ? »
« Oui, c'est bien, coiffés en arrière, la même forme. Mais plus court. »
Elle sourit de nouveau, mais avec moins de conviction qu'auparavant. Elle commençait à se faire à mon humour, du moins ce qu'elle percevait comme tel et était moins obligée de cacher sa gêne sous une double rangée d'émail immaculée.
Elle prit la tondeuse et se mit à l'ouvrage. J'appréciai le café qu'elle m'avait servi. A cet instant, elle se sentit obligée d'enclencher une conversation qui, je le savais, allait atteindre les plus hauts sommets de l'intérêt que l'on se portait l'un à l'autre.
« Des vacances bientôt ? »
Silence. Le temps de la réflexion pour mesurer le type de réponse que je devais faire, précédé du temps nécessaire pour savoir si je devais même répondre.
« Ce n'est pas prévu. Enfin, pas tout de suite. »
Je crus bon de relancer.
« Et vous ? »
« Oui, fin juin, nous partons à la Baule. »
Aussitôt, ma mécanique mentale se mit en marche. Improviser une réponse. Vite. Que connais-je de la Baule ? A y réfléchir, rien, à part les plages vues sur de vieilles cartes postales.
« Jolies plages », crus-je obligé de répondre.
« Il parait, je n'y suis jamais allé. »
Étourdi par tant de profondeur, je me réfugiai dans le mutisme, non sans avoir plongé les yeux et ma concentration dans un magazine people qui trainait fort heureusement sur le bord du comptoir.
Je crois bien que la fille fut soulagée de pouvoir échapper à cette rencontre capillaire insondable.