Le souverain qui perdit son trône et sa tête
Le nouveau souverain, à peine sur le trône,
Convoqua ses ministres et leur dit :
« Allez dans vos régions, allez dans vos campagnes,
Surveiller les vassaux, normalement soumis.
Je n'ai nulle confiance dans ces vieux serviteurs,
S'ils servaient le monarque, c'est contre moi qu'ils pensent.
Il me faut nettoyer ces traîtres à la cause
Et cela sans tarder, c'est moi qui vous le dit. »
Sans plus s'offusquer d'une pensée simpliste
Aussitôt, les ministres s'exécutent,
De crainte du courroux de ce roi capricieux.
Le zèle est à l'ouvrage,
On nettoie, on emprisonne, on fait choir des têtes.
Discernement n'est pas de mise, on obéit.
Nul ne peste, nul ne râle, tous se mettent à l'ouvrage,
Avec zèle, précision et même, se justifient.
La terreur opère, les vassaux se cachent
Au lieu que de s'unir pour être forts ensemble.
La division règne, un à un ils s'effacent, se rallient,
Ou bien, on les traduit.
Ils vivent dans la crainte de la hache, de l'épée,
Espérant que la lame évitera leur cou.
Auprès du souverain, on s'enquiert :
« Et maintenant, est-ce assez ? »
« Continuez, sans défaillir, je vous dirai »
La purge continue, sans plus de questions.
Les vassaux s'égarent et se dispersent,
Traversent leur domaine, cherchent le réconfort
Auprès de leurs pairs, et s'inquiètent sur leur sort.
« Est-ce ton tour ? Le mien viendra un jour ? »
A la fin de cette purge, c'est le désordre qui règne,
La peur fait son ouvrage, le royaume s'affaiblit.
Les terres sont en friches, le pays en pâtit,
L'attente a pris les rênes et le désordre règne.
Les soldats, sans consigne, s'émeuvent et s'interrogent :
« Qu'allons-nous devenir, où aller, avec qui ? »
Point de réponse, la crainte se mue en colère soudaine.
L'armée se soulève et monte au château.
Le roi aveugle et sourd au lieu d'ouvrir s'enferme.
Une garde rapprochée le protège du bruit.
Sous les coups de boutoir de la foule en furie,
Les grilles cèdent, les verrous craquent.
Le roi se terre, maintenant à genoux.
La foule le découvre, sans ministre et sans garde,
Enfuis, ralliés ou meurtris,
L'arrache et puis l'emmène dans un immense cri.
A vouloir régner seul, de son peuple l'on s'éloigne,
Les fourches et les piques retrouvent leur usage.
Souverain méfie-toi de ton règne éphémère,
Ton meilleur ennemi c'est ta cour et toi-même.
Diriger par la peur est ton meilleur naufrage.
Les personnages et les situations de ce récit n'arrivant jamais dans la vraie vie, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.